#12

Au-delà du seuil murmuré

#12

Au-delà du seuil murmuré

Ce que Simon ne peut comprendre

Un garçon mystérieux. Un secret partagé. Mais ce qui devait les unir commence à les séparer.

« Elle inspira profondément et franchit le seuil, happée par la forêt »

Découvrez un extrait exclusif de ‘L’ombre’, un suspense psychologique où la quête d’un secret change à jamais deux amis.

Le pas défendu

Extrait :

— Qu’est-ce que t’as aujourd’hui ? s’agaça Ilune.

— Rien, répondit Simon d’un ton dur… Ça ne m’amuse plus de passer des heures à mater ce pouilleux. J’en ai marre.

— T’as qu’à rester au village dans ce cas, personne t’oblige à venir.

Il saisit aussitôt l’occasion.

— Très bien, vas-y toute seule, alors. Moi, j’ai des choses plus intéressantes à faire.

Il tourna les talons et s’éloigna à grands pas, furieux.

— Pas d‘humeur aujourd’hui ! pensa Ilune avant de s’éloigner à son tour en direction du bois.

Quand elle atteignit la lisière, elle ralentit, tout à coup hésitante.

Les premiers arbres se dressaient comme des sentinelles, et leurs branches basses retenaient des pans d’une ombre si épaisse qu’elle semblait vivante. L’air y paraissait plus lourd, presque oppressant.

Les rumeurs du village lui revinrent en mémoire. On disait que des démons hantaient les lieux, que des voyageurs s’y étaient perdus à jamais. Des histoires inventées pour effrayer les enfants. Et ça marchait. Cependant, elle ne pouvait ignorer qu’au-delà de ces contes, le danger restait bien réel. On pouvait se perdre, croiser une bête sauvage ou tomber sur un vagabond.

Elle se retourna, espérant vaguement que Simon aurait changé d’avis. Peine perdue. Elle hésita, fit un pas en arrière, s’arrêta.

— Et puis zut !

Elle inspira profondément et franchit le seuil, happée par la forêt.

Une forêt sombre au clair de lune, roman d'Alice Bomte

La voix née du silence

Extrait :

Ilune restait en retrait, dissimulée dans l’ombre du chêne, attendant que son souffle se calme et que son esprit s’apaise. Partir ? S’approcher ? Maintenant qu’elle était là, elle ne savait plus quoi faire. Elle ne savait même plus pourquoi elle avait voulu venir. Un élan auquel elle avait cédé sans vraiment réfléchir. Et puis sa dispute avec Simon. Tout s’était enchaîné presque malgré elle.

Un long moment passa ainsi. Elle, immobile derrière le chêne, n’osant faire un geste. Lui, semblant ignorer sa présence.

Le souffle d’Ilune se calmait peu à peu, mais son cœur battait encore très fort. C’est à ce moment-là que le garçon lui parla, sans détourner la tête. Ce n’était pas de l’indifférence. Il n’était tout simplement pas dans sa nature d’aborder les autres de manière frontale. Élevé dans la solitude des bois, il avait appris à garder ses distances, avec les bêtes comme avec les gens.

Et pourtant, il la connaissait déjà. Depuis des jours, il l’avait observée à sa manière, sans qu’elle s’en doute. Elle croyait l’épier en secret, sans savoir que lui, de son côté, faisait de même.

Maintenant qu’elle était seule, sans Simon, il osa franchir la distance.

— Tu viens souvent, et toujours en te cachant. Pourquoi ? demanda-t-il d’une voix claire.

Ilune resta muette, prise de court. Le garçon savait, depuis le début. Une bouffée de honte lui monta aux joues.

— Je… je ne me cache pas, bredouilla-t-elle.

Elle regretta aussitôt ses paroles. Bien sûr qu’elle se cachait. Un mensonge de plus. Le premier contact commençait bien mal.

Portrait de style pictural d'Ilune, personnage du roman L'ombre, regardant vers le haut depuis un arbre, entourée de feuillage,roman d'A Bomte

L'élan retenu

Extrait :

Elle avait attendu si longtemps ce moment, et voilà qu’il s’était produit d’une manière qu’elle n’avait pas imaginée. Rien à quoi se raccrocher. Aucun des codes familiers, pas même dans les gestes les plus anodins, qui semblaient chargés d’un sens nouveau pour elle, qu’elle ne comprenait pas encore.

Puis il avait disparu, sans un mot. Et elle restait là, seule, nimbée d’un silence épais. Comme si rien de tout cela n’avait eu lieu.

Elle resta un moment immobile, les yeux fixés sur l’endroit où le garçon avait disparu. Et puis elle entendit des pas derrière elle. Simon sortait du couvert des arbres. Elle sursauta.

— Toi ! Mais qu’est-ce que tu fais là ?

Il haussa les épaules, cherchant à donner le change.

— Bah… Je pensais pas que tu viendrais seule. Franchement, y-a des moments où tu réfléchis pas beaucoup. On sait jamais sur qui on peut tomber par ici. Une fille seule, dans les bois, c’est pas très malin. Et comme tu revenais pas, j’ai fini par me dire que je ferais mieux de te chercher. Je savais que je te trouverai là. C’était pas difficile à deviner.

Il força un rire bref, qui tomba à plat.

Ilune le regardait sans répondre.

— Qu’est-ce qu’il t’a dit ? demanda-t-il en pointant du menton l’endroit où le garçon venait de disparaître.

— Hein ?

— Il t’a parlé, non ?

— Ah, oui. Il m’a juste dit qu’il préparait des champignons pour l’hiver.

— Et c’est tout ?

— Oui… répondit-elle après une hésitation. Qu’est-ce que tu voulais qu’il me dise d’autre ?

— Super intéressant ! J’suis sûr que c’est le genre d’info qui aurait intéressé ma grand-mère. Bon, on rentre ?

Deux jeunes gens parlent ensemble dans une clairière baignée de lumière, suspense psychologique autour du roman l'Ombre d'Alice Bomte

Plongez dans l'ambiance : le teaser vidéo

Note de l'Auteure : Dans les coulisses de ce chapitre

Ce chapitre marque un tournant psychologique important pour Ilune et Simon. Je voulais explorer comment une amitié d’enfance, apparemment solide, peut se fissurer quand se produit l’improbable. La réaction de Simon, sa colère et sa peur, ce n’est pas juste de la jalousie ; c’est aussi l’annonce d’un monde familier qui est en train de se transformer, une perte de contrôle qui le met à nu. Le suspense psychologique naît de cette fracture, mais aussi de la première vraie rencontre entre Ilune et le « garçon ».

C’est là que le mystère devient indéchiffrable. Comment rendre présent un personnage silencieux et mystérieux au-delà de toute expression ? Un être à part qui ne répond pas aux codes habituels.

J’ai choisi de me concentrer sur ses gestes, sur la manière dont il perçoit le monde, à sa façon. Car chez lui, le silence n’est pas un vide, mais une présence dense, une forme d’être qui échappe à nos codes. C’est cette altérité radicale, ressentie par Ilune, qui est au cœur de ce chapitre.

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2 réponses

  1. L’ombre, les murmures, le silence… Tout nous entraîne vers cette forêt mystérieuse. Tu as l’art de nous maintenir en haleine, Alice !
    J’attends la suite avec impatience…

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